Le millésime 2005 apporte aux crus les plus réussis une dimension raffinée et
inédite que je n'ai pas connue ni en 2000, ni en 2003.
Alors que nous sommes rive droite, royaume du merlot, je m'attendais à des
corps volumineux. Or, de nombreux vins présentent des structures plus allongées
(Fleur Cardinale, Moulin Haut Laroque, Barrabaque, Barde Haut, clos Puy
Arnaud). Ce style ressemble à un profil rive gauche. Il n'enlève rien au
moelleux de ces vins. Par contre, il apporte une profondeur inconnue à ce jour
en finale. Le grain du tanin, plus raffiné que de coutume, est responsable de
cette sensation. D'autre part le succès du cabernet franc et parfois la
présence du cabernet sauvignon mûr tend à étirer la fin de bouche.
Du côté des vinificateurs, ce millésime témoigne d'une approche plus nuancée
de l'extraction et c'est nouveau.
Traditionnellement l'extraction est moins accentuée sur les sols sableux
(goûter le bel équilibre de la Planète Bellevue). Mais, il est étonnant de
voir, par exemple, que les vins de Pierre Bourotte, d'habitude extraits et
boisés en primeur, se présente cette année avec une plus grande précision
aromatique et tanique. De ce point de vue, il est probable que certains
bordelais fassent machine arrière. Je considère en effet le sens de l'équilibre
dans la vinification comme le meilleur vecteur de plaisir pour le consommateur.
Les Médocains confrontés aux tanins souvent carrés des cabernets sauvignons
l'ont compris depuis longtemps. Sur la rive droite, j'attribue le mérite de ce
recadrage du goût aux activités de Stéphane Derenoncourt.
Par delà ces tendances, 2005 laisse apparaître sur tous les terroirs le succès
de certaines propriétés. Il revient à l'intelligence des hommes. Jean-Noël
Hervé à Moulin Haut Laroque pourrait faire école quant il voit les limites de
son merveilleux 2000 et qu'il désire faire mieux avec son 2005. Patrice Lévèque
et Hélène Garcin pourraient faire école lorsqu'ils rehaussent depuis deux
années consécutives le niveau de Barde Haut. Thierry Valette pourrait faire
école lorsqu'il apporte l'élégance à Castillon. Qui aurait pu croire cela
possible il y a à peine dix ans.
J'espère que c'est à Montagne et à Puisseguin que se dérouleront les prochaines
révolutions. La Mauriane et le tout nouveau Beauséjour 1901
pourraient en être les principaux porte- drapeaux.
Jean-Marc Quarin